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Noël: Quand les chrétiens et les politiciens font la moue à l’amour

Au regard la vague d’activités qui a lieu durant la célébration de la Noël, il convient de réfléchir sur la sincérité des sentiments qui y sont véhiculés. Est-ce un partage réel ou juste une supercherie de plus?

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Haïti ne fait pas exception d’une kyrielle de pays du monde où la cloche du mois de décembre a sonné pour annoncer l’arrivée de la Noël. Les quartiers comme les villes, les maisons comme les institutions sont parés de lumières qui scintillent dans les sapins comme dans les crèches. Les paillettes comme les clinquants, les boules de concert avec les guirlandes, les étoiles ainsi que les houx, les cloches autant que les bougies, sans oublier les jouets et les vêtements, font les heureux des supermarchés et des marchés publics. Les boissons alcoolisés, les plaisirs voluptueux sont au rendez-vous, car c’est la Noël. Certains chrétiens dans une évidente concorde avec les non-chrétiens sont affairés sous prétexte qu’ils fêtent l’anniversaire du Sauveur, quoiqu’il ne soit mentionné nulle part dans la Bible que Jésus est né un 25 décembre. D’ailleurs, dans le troisième tome de sa Trilogie sur le Christ, publié en 2012, Joseph Ratzinger (pape Benoit XVI) a remis cette date en question, avant sa démission comme souverain pontife. Toutefois, il est un fait que ce mois se distingue des autres par rapport à son caractère festif. C’est le mois où plus d’un se retrouvent dans un même esprit pour se souhaiter joyeux Noël.

C’est le moment où toutes sortes de cadeaux s’offrent tant dans les entreprises, les organisations, les quartiers populeux, les écoles, les églises que dans le palais national. C’est le moment pour les politiciens d’offrir des machins à leurs admirateurs, de financer des activités pour la circonstance. C’est aussi l’opportunité pour le gouvernement de faire des gestes de toutes les couleurs aux gens nécessiteux, aux militants redoutables et aux sympathisants. Ces gestes, tant soit peu, peuvent passer par le chômage déguisé, par des programmes d’« apaisement social », par la distribution de jouets aux enfants ou autres. Tout cela se fait dans une logique d’« amour », car « aimer, ce n’est pas donner, c’est partager », pour répéter l’écrivain français Raoul Follereau.

Après tout, en nous adressant aux chrétiens et aux politiciens, faut-il attendre le mois de décembre pour prouver de l’amour les uns pour les autres? Faut-il attendre le Père Noël politique pour permettre un mieux-être à la population? Cet article se veut une analyse profonde autour de cette problématique du partage qui tend à obnubiler les gens sous le couvert d’une fête de naissance controuvée.

L’amour du prochain ?

Sans avoir la prétention de produire une théorisation du concept de partage, nous nous concédons que partager c’est non seulement distribuer, répartir, mais aussi c’est compatir. Ce dernier sens nous porte à évoquer la compassion que Jésus éprouvait à l’égard des autres. Ce qui constituait un acte d’amour. Pour parler de l’amour du prochain, nous ne pouvons évincer les prescrits bibliques qui parle de l’amour pour Dieu et l’amour pour son prochain. Cette affirmation de Jésus a résumé le décalogue promulgué sur le mont Sinaï : « de ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes». Mais, en réalité, il n’y a qu’un seul amour, car si on aime son prochain, c’est déjà une preuve qu’on aime Dieu. Cette assertion est de Saint Paul quand il dit : « Car toute la loi est accomplie dans une seule parole, dans celle-ci: Tu aimeras ton prochain comme toi-même.»

Cela dit, l’amour pour soi n’attend pas un quelconque mois pour se manifester, l’amour du prochain qui consiste à lui donner à manger, le vêtir, le visiter, l’accueillir, n’a pas non plus à attendre une année, mais c’est un devoir quotidien.

Le Partage, l’Etat et les Citoyens

Au niveau de l’État, les contributions (directes ou indirectes) et les divers prélèvements auxquels sont soumis les citoyens les conduisent à se séparer d’une part de ce qu’ils gagnent ou de ce qu’ils possèdent et à partager ainsi avec d’autres les charges collectives ; l’État, quant à lui, procède à son tour à d’autres partages en redistribuant une part des sommes collectées sous formes de prestations à différents ayants droit. L’Etat se doit d’une meilleure répartition des biens aux collectivités afin de favoriser une meilleure condition de vie et créer un climat de bien-être chez les citoyens. Le bonheur des citoyens est dans la bonne marche du pays en tout point de vue. Si le pays va mal, les citoyens ne sauraient aller bien non plus. La véritable preuve d’amour ici se réside dans un véritable partage de services dûs aux citoyens. Le véritable partage participe du bon fonctionnement de toutes les institutions du pays. Ce partage ne doit pas attendre un moment particulier pour se faire exhiber, mais plutôt chaque jour les citoyens doivent se sentir aimés de leurs dirigeants à travers les bonnes actions qu’ils font.

Les partages négligés

Si l’on fait la radiographie du pays de 1987 à nos jours, l’on verra que le partage est loin d’être dans notre culture. Ainsi, notre conscience citoyenne nous contraint de faire une présentation d’au moins quatre domaines où la notion du partage est systématiquement voire délibérément négligée.

Pour commencer, sur le plan de santé, nous sommes dans un état mortuaire. Ce qui nous est disponible comme système de santé ressemble plus à une nécropole. Cela se prouve quand un malaise frappe à la porte de nos dirigeants. Ils préfèrent se rendre à l’extérieur du pays pour se faire soigner, au lieu de doter le pays d’un hôpital de qualité. Au fait, dans un rapport statistique du MSPP daté de 2016, le personnel essentiel de la santé regroupant médecins, infirmières et sages-femmes représente un ratio 6.3 pour 10.000 habitants contre un seuil minimum de 25 exigé par l’OMS. Le pire, 80% d’entre eux se concentre en zone urbaine à lorsque 50% de la population vit en milieu rural. Dans cet état de fait, la population s’est livrée à elle-même.

Ce qui met au pilori le système de santé, c’est sa représentation dans le budget de la république qui ne cesse de chuter d’année en année.

En outre, sur le plan de sécurité, il est au vu et au su de tous que l’insécurité bat son plein dans le pays depuis la nuit des temps. Surtout ces derniers jours, il y a une recrudescence considérable de celle-ci au point que même les dirigeants font montre d’une incapacité manifeste à la combattre. Par ailleurs, l’ex-DG de la PNH, Micherlange Gédéon, lors de la dernière séance du sénat de la république avec le CSPN, a affirmé que l’effectif des policiers avoisine les 15000 dont 900 environs sont affectés à l’APENA. En fait, ce qu’il a omis de dire, plusieurs des 14100 qui restent sont des agents de sécurité rapprochés des autorités et des grands fortunés du pays. Ce qui porte parfois certaines gens à ironiser la devise de la police nationale « Protéger et servir » en « Pwoteje sa k sèvi ». De surcroit, dans un rapport de la MINUSTAH en 2017, elle affirme que 1.3 policier est au service de 1000 habitants. Voilà l’état de la sécurité d’un peuple vulnérable et exposé aux malfrats, tandis que les autorités et les gens possédants circulent dans des véhicules blindés, habitent entre quatre murs pour se protéger des arnaqueurs.

En ce qui a trait à la justice, on a comme l’impression que le fait qu’on exerce une culture poussée du non-respect de la loi, le pays est voué à l’enfer. Le sage Salomon affirme dans la bible que « La justice élève une nation, mais la transgression de la loi est la honte des peuples. » Donc, un pays sans justice est un pays sans honneur. Il est un fait que si la justice est restée à la faveur d’un groupuscule privilégié, au détriment de ceux-là qui n’ont même pas la possibilité de se nourrir voire se payer la justice, le pays ne cessera jamais de se coincer dans la disette. Tant que la détention préventive prolongée reste un fait normal, tant que le slogan « l’enquête se poursuit » se maintient, tant que les autorités accusées de corruption se sentent à l’aise de circuler, tant que la justice sociale reste un vœu pieux, l’on ne pourra jamais parler d’une Haïti à la tête altière.

Du point de vue économique, c’est un fait qu’une dégradation importante de l’économie haïtienne se fait remarquer. Il y a une pénurie en matière d’investissement et de production. La gourde, quant à elle n’arrête pas de se faire gifler par le dollar. Le pire, il n’est pas donné à tout le monde d’avoir accès au crédit bancaire. Même si l’on aurait accès au crédit, on est sujet à mourir si l’on entreprend certaines choses. Ce qui donne comme corollaire : l’augmentation de l’inflation, l’intensification du chômage, la réduction très inclinée du pouvoir d’achat, etc. A la longue, on va retrouver ces victimes-là sur les trottoirs, dans les ghettos faisant tout pour trouver de quoi à se reproduire. Par ailleurs, les paysans qui s’échinent à produire quelque chose n’ont pas de moyens matériels pour améliorer leur production et le peu qu’ils produisent ne peut pas s’écouler en raison des problèmes infrastructurels du pays.

Pour finir, du point de vue éducatif, la disparité flagrante dans le système prouve l’insouciance de l’Etat d’assurer un partage réel du savoir à l’égard des citoyens. En effet, il y a, au moins, quatre types d’école en Haïti : les écoles internationales qui accueillent les enfants de la classe possédante ; les écoles congréganistes qui accueillent les enfants de la classe moyenne, les écoles publiques qui reçoivent les enfants de la masse et les autres des secteurs privé et informel. Plusieurs types d’écoles, plusieurs types d’éducation, cela va de soi. Aucune volonté de la part des dirigeants d’équilibrer le système. Cela se prouve dans les résultats lamentables du baccalauréat chaque année. Dans un rapport de l’IHSI, la raison de la non-fréquentation scolaire de 21.2% des individus qui ont été questionnés s’explique par le coût trop élevé de la scolarisation. Quoiqu’il y ait une loi sur les frais scolaires validée par le président Privert, la réalité reste la même : l’augmentation des frais scolaires se fait comme bon semble aux responsables des écoles ; la non-fréquentation et la déperdition scolaire poursuivent leur chemin.

Pour avoir une nouvelle Haïti, il faut un partage authentique dans tous les domaines de la vie des citoyens. Un partage dépouillé de toute mystification et de toute imposture. Un partage désintéressé. Un partage qui n’entend pas soutirer mille gourdes des mains des gens déjà faibles économiquement dans le but de leur aveugler l’esprit avec des promesses mirobolantes. Il faut une autre utilisation des réseaux sociaux où les gens font à longueur de journée des partages visant à dénigrer voire détruire les gens. Il faut cesser de partager Haïti pour des intérêts mesquins à travers le pouvoir. Pour que l’union fasse la force, il faut partager l’amour et le respect mutuel quotidiennement, pas seulement durant une période particulière de l’année.

Par:   JPPL

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